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Intelligence Artificielle

Diaspora Africaine et Intelligence Artificielle | Webconférence | Sarah Konan YA et Christian ADJA

Ce mardi 26 mai 2020, s’est tenue une webconference organisée par l’Agence Francophone pour l’Intelligence Artificielle en Afrique (AFRIA). Cette agence a pour mission de produire et diffuser des connaissances et outils reliés aux thématiques innovantes émergentes et assurer la vieille relative à l’évolution des enjeux et priorité internationaux de l’intelligence Artificielle. Le thème à l’ordre du jour était: La diaspora africaine et l’Intelligence Artificielle. Ce thème s’inscrit dans une perspective de développement de l’IA sur le continent africain mais aussi dans le cadre d’un partage d’expérience des africains qui se sont intéressés à l’étude de cette technique hors du continent.

Nous avons à cet effet, observé la présence de jeunes étudiants africains, d’illustres professeurs et experts qui se sont prononcés en qualité de panéliste.

Qu’est que l’IA ? Quel est le domaine d’application de l’IA ? Est-ce que les acteurs africains, aussi bien de la diaspora que les résidents qui évoluent dans l’IA se connaissent ? Est ce qu’on peut envisager, à l’avenir, une Afrique plus outillée et plus apte à répondre efficacement aux problématiques qu’elle rencontre grâce à des méthodes simples et efficaces qui intègre l’IA . L’Afrique pourrait-elle emboîter le pas vers de nouveaux procédés plus modernes et plus rapides ?

Nous en parlerons maintenant dans cet article.

L’intelligence artificielle (IA ou AI en anglais pour Artificial Intelligence) consiste à mettre en œuvre un certain nombre de techniques visant à permettre aux machines d’imiter une forme d’intelligence humaine. L’IA se retrouve implémentée dans un nombre grandissant de domaines d’application. On a donc affaire à une technique qui n’est pas propre à une activité quelconque mais qui peut s’intégrer à tous les domaines, que ce soit l’agriculture, la santé, les affaires ou même l’éducation. Comme exemple, nous pouvons mentionner les panélistes qui ont été choisi pour cette conférence. En effet, tous, sont porteurs de projets innovant inspirés de l’IA dans des domaines différents mais avec une même finalité : moderniser les procédés actuels et/ou participer au développement de l’Afrique.

Bonaventure Dossou (Profile Linkedin)Bonaventure Dossou, jeune étudiant béninois, à l’Université  Fédérale de Kazan en Russie , prépare, pour les années (2020-2022) un master en ingénierie des données en Allemagne. Il est également fondateur de EdAI avec Christ Emezue, lui aussi étudiant africain mais nigerian ; fondateurs d’un projet dédié à l’apprentissage profond et à l’apprentissage des machines. Ils ont développé un logiciel basé sur l’Intelligence  Artificielle dénommé FFR (Fon-French Neural Machine Translation). Notons que le Fon est un dialecte local béninois. Ce projet vise à traduire les dialectes régionaux d’Afrique en français,  en particulier le Fon en Français.

Toujours dans le soucis d’améliorer la communication entre les peuples d’Afrique qui s’expriment pour la plupart du temps dans leurs dialectes, Grâce Adjahoh s’est investie avec le même procédé mais cette fois dans l’autre sens. C’est-à-dire en traduisant le français dans les langues régionales.

Ces deux exemples montrent à quel point l’Intelligence Artificielle peut être utilisée pour résoudre de vrais problème de communication et même d’éducation, quand on sait que la plupart des personnes qui vivent dans les régions rurales ont du mal à communiquer avec leurs proches qui ne maitrisent pas forcément les langues locales.

De l’autres côté, le paneliste John Aoga (Profil Linkedin), scientifique a pu quant à lui, mis à profit son expertise dans la lutte contre le covid-19 au Nigeria. En effet grâce à un système d’appel vocal doté d’une Intelligence Artificielle, les personnes qui appellent pour se faire diagnostiquer du covid-19 sont rigoureusement pris en charge grâce à une série de questions posées, afin de faire un bilan de santé plus efficace dans les dialectes régionaux à savoir le Yorouba et le Nidya. Des solutions pratiques, simples et rapides qui permettent d’alléger la souffrance des centres d’appels et en plus de faire des diagnostics plus pointues. Pour John, l’IA est une nécessité et une chance pour l’Afrique. On n’a pas besoin d’être plus riche pour développer des solutions innovantes. Les universités européennes sont des révélateurs de talent, pourquoi pas l’Afrique?

Abdelaziz LawaniA côté de ses jeunes étudiants qui ont sur allier formations théoriques et pratiques pour mettre en place des solutions pour l’Afrique, nous avons le projet de l’enseignant chercheur Abdelaziz Lawani (Profil Linkedin) qui nous montre comment est-ce qu’ils utilisent (son équipe et lui) l’IA pour répondre aux problèmes relatifs à l’agriculture. Cette solution s’adresse principalement aux agriculteurs. Il part d’abord du principe qu’il est très difficile pour un agriculteur de parcourir tout son champs (à partir de deux hectares) et de faire un diagnostic précis sur l’état de ses produits. La solution qu’il propose est de pouvoir parcourir tout le champ à l’aide d’un drone doté de capteurs car il est très difficile de diagnostiquer les problèmes des plantes à l’œil nu, surtout sur plusieurs hectares. Pour pouvoir faire accepter ce principe aux paysans de sa région qui pour la plupart du temps sont technophobes, Abdelaziz et son équipe partent sur le fait que cela permettra d’accroître les bénéfices et de gagner du temps.

Nous avons vu à travers les lignes précédentes des jeunes pour la plupart étudiants qui essaient de solutionner des problèmes du continent dont ils ont perçu le besoin grâce à l’IA, mais une question reste nécessaire de se poser : le financement ! Ont-ils un soutien dans leurs investigations et recherches?

Les interventions des étudiants montrent à quel point leurs efforts sont mis à rude épreuve, en effet, en qualité d’apprenants. Ils expriment le besoin d’être soutenu. En plus de devoir faire face aux nombreuses charges relatives à la scolarité, ils doivent financer leurs projets sur fond propre vu le peu, voire même l’absence d’initiative de la part des Etats Africains envers eux et leurs projets. A quoi cela servirait de travailler jour et nuit sur des projets et ne pas les faire financer pour développer leurs pays d’origine ? C’est vraiment une grosse perte pour l’Afrique surtout quand on sait qu’en Europe de nombreuses institutions sont prêtes à financer les projets des étudiants et à les accompagner dans leurs démarches. Tout porte à croire que les autorités minimisent le potentiel de l’IA, ou ne saisissent pas encore sa portée dans le monde actuel et celui de demain. D’où vient ce manque d’initiatives des autorités Africaines ?

L’IA est un procédé nouveau pour l’Afrique et les autorités, les décideurs africains n’ont pas idée, on peut le supposer, d’une telle discipline capable de s’intégrer à tous les domaines pour une productivité croissante. On pourrait émettre l’hypothèse d’une méconnaissance des autorités. D’autres part, comment les étudiants de la diaspora africaine arrivent à se faire entendre ? Les acteurs sont-ils organisés en communauté pour porter haut la voix de l’AI dans les oreilles de nos Etats ?

On note également, au niveau de la diaspora un manque de communication, d’interactions entre les acteurs de l’IA. C’est aussi une faille dans l’écosystème.

En tant que représentant de l’autorité publique, le Colonel OUATTARA (Profil Linkedin) a réaffirmé l’engouement de l’ETAT qui doit se situer en terme de besoin, d’apport et même d’adaptation. Est-ce que l’environnement Africain est disposé pour ce genre d’innovation Certes, ce sont des solutions plus ou moins innovantes et utiles pour les pays développés mais le gestionnaire doit pouvoir percevoir à travers ces innovations, la réponse à son besoin. Pas de projet sans besoins. Est-ce que les projets développés s’articulent autour des besoins actuels des Africains?  Si oui, la meilleure manière de promouvoir l’IA est bien sûr de rencontrer les personnes sources. A côté de cela, il y a le problème de données. L’Afrique peine à collecter des données pertinentes pour les traduire ; car insuffisamment digitalisée. Or ne l’oublions pas, l’IA se sert de données. Et si le sous-bassement n’est pas déjà établi ce sera très difficile de faire naître des projets pertinents pour l’Afrique.

Pour résumer cela, on note que malgré l’existence de l’AUF (Agence Universitaire de la Francophonie) qui apporte un accompagnement à ses établissements membres dans la mise en place de filières innovantes, le chemin est encore loin. Par ailleurs, le soutien est insuffisant voire inexistant des universités et des Etats dans la transformation sujets recherches en projets innovants n’arrange rien. Ce ne sont pas les projets qui manquent. Absolument pas. Mais bien l’accompagnement, le financement et l’intérêt des autorités. Et quand bien même, certains projets aboutissent, ils attirent plus les occidentaux que les décideurs et les Etats Africains à l’instar des projets venant de la diaspora. A croire qu’ils ne sont pas suffisamment informés, conscients du fait que l’intelligence artificielle représente le futur du fait de son impact dans tous les secteurs d’activité et tous les domaines, que ce soit la santé, l’agriculture, l’éducation, l’économie, le business… Une chose est sûre les choses doivent bouger, la digitalisation de nos pays doit se faire si nous voulons vraiment mettre l’intelligence artificielle au service du développement.

Sarah Konan Ya et Christian Adja, Survey Mag Africa

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